Ce que Marie-Antoinette nous apprend sur la gestion de crise en communication

Portrait de Marie-Antoinette en bleu nuit, logo Lauriane Oriol

Marie-Antoinette, dernière reine de France, nous livre de grandes leçons en communication de crise pour qui sait lire entre les lignes de son Histoire. Pour toi qui lis ces mots, tu as forcément une idée de qui était cette dame. Que ce soit grâce à Sofia Coppola, aux JO de Paris ou grâce à tes vieux souvenirs au fond de la classe d’histoire, tu en as entendu parler. Mais sais-tu qu’avec un chargé de communication à ses côtés sa fin aurait pu être différente ? Qu’elle aurait pu utiliser un personal branding à son avantage ? Entre bad buzz, fake news, réputation, disruption et storytelling, tu t’apprêtes à découvrir l’histoire de Marie-Antoinette avec un nouveau regard : celui du marketing.

En bref

  • Marie-Antoinette utilise la mode et la coiffure pour construire un vrai storytelling, mais elle casse les codes plus vite que son audience ne peut suivre.
  • Son image se fissure de l’intérieur. La noblesse vexée lance les rumeurs, l’Affaire du Collier fait exploser le bad buzz. Et à force de répétition, les fake news deviennent la base de son procès.
  • Face à la crise, son silence a laissé les autres raconter son histoire. Alors que ce qu’il faut vraiment faire c’est : occuper le terrain avec une voix unique, humaniser le discours et apaiser l’interne.

La disruption est toujours un bon début…

Disruption

Rompre avec les codes établis pour se démarquer.

Portrait de Marie-Antoinette enfant, archiduchesse d’Autriche, en robe bleue, par Liotard
L’Autrichienne

Dès son arrivée à Versailles, Marie-Antoinette est totalement chamboulée par la vie à la française. Et on peut la comprendre ! Elle passe d’un endroit tranquille qui l’a vue grandir, à un Versailles où tout le monde scrute ses moindres faits et gestes toute la journée. C’est comme si d’un coup, on se retrouvait avec des paparazzis jusqu’à nos toilettes (non merci). Sans oublier l’étiquette et le protocole ! Des listes de règles tout aussi contraignantes les unes que les autres !

Face à ce nouvel environnement, cette jeune adolescente essaie de trouver sa place et pour ça elle casse tous les codes établis avant elle. L’Autrichienne s’affranchit de toute cette rigidité et transforme la mode et la coiffure en moyens d’affirmation. Notre première « icône de mode » dicte les tendances dans toute l’Europe et s’entoure des meilleurs : Rose Bertin et Léonard Autié. Ces deux créatifs laissent libre cours à toutes leurs idées plus folles les unes que les autres grâce à Marie-Antoinette (la robe aux paniers 3XL, la perruque bateau gigantesque aussi appelée le Pouf à la Belle Poule).

Gravure d’une coiffure « pouf » surmontée d’une frégate toutes voiles dehors
Le pouf à la Belle Poule

Petite anecdote d’ailleurs : la coiffure en « pouf » est un chef-d’oeuvre de storytelling. Les cheveux de Marie-Antoinette n’étaient pas juste décoratifs, ils racontaient l’actualité (presque en temps réel) : le Pouf aux sentiments (figurines et objets étaient intégrés pour exprimer l’humeur ou les passions), le Pouf à la Belle Poule (réplique de la frégate française après la victoire navale face aux Anglais) et le Pouf de l’inoculation (représentant la vaccination de la famille royale contre la variole).

Après toutes ces folies, Marie-Antoinette devient une maman « simple » (entre guillemets parce qu’elle est toujours reine). Mais ça ne l’empêche pas de casser les codes ! Plus jeune, son extravagance était trop extravagante maintenant sa simplicité est trop simple. C’est même son coup d’éclat le plus radical : un passage à un minimalisme total qui fait hurler tout le monde avec la « chemise à la reine ». Pour s’évader de la cour au Petit Trianon, elle a adopté une robe en mousseline de coton blanc, fluide, sans corset rigide ni paniers. Pour l’époque, voir une reine poser en « sous-vêtement » (le coton étant réservé aux vêtements de dessous) a provoqué un immense scandale. Cette rupture esthétique a pourtant anticipé les bases de la mode fluide sous Napoléon.

Marie-Antoinette a totalement disrupté les codes de son époque. Et c’était un avantage indéniable mais trop de changements tue le changement.

Encore faut-il surveiller son image !

Pamphlet satirique représentant Marie-Antoinette en créature à corps de bête, coiffée de serpents et de plumes
Pamphlet

Casser les codes fait gagner en visibilité et démarque sur un marché. Mais poussée trop loin, cette même audace finit par fracturer l’image qu’on a mise des années à construire. Et pour Marie-Antoinette, l’effondrement de son image ne s’est pas fait en un jour. Les historiens parviennent à documenter une dégradation progressive et continue de sa réputation dès son arrivée en France.

Je t’ai décrit une jeune princesse perçue au départ comme fraîche, charmante et porteuse d’espoir. Mais en refusant de se plier à l’étiquette et en s’isolant au Petit Trianon avec ses ami.e.s proches, Marie-Antoinette fait une grave erreur. Elle dépasse l’ouverture d’esprit de la Cour qui prend ça comme une insulte ! Eh oui, les nobles se sentent exclus de son intimité, ils sont vexés, humiliés. Alors ils se vengent en lançant les premières rumeurs : arrogante, moeurs légères, moqueries… Ce n’est pas le peuple qui fabrique les toutes premières fake news contre la reine mais ceux qui l’entourent. Ils vont même jusqu’à financer secrètement les premiers pamphlets et chansons satiriques imprimés clandestinement à Paris.

S’ensuit en 1785, la célèbre Affaire du Collier qui est le summum du bad buzz de l’époque. Pour te la faire courte, le Cardinal de Rohan, aveuglé par son besoin de reconquérir les faveurs de Marie-Antoinette, est devenu le dindon de la farce d’une escroquerie monumentale en détruisant au passage le peu de réputation qui restait à la reine. Persuadé d’agir avec l’accord de Marie-Antoinette, il achète en son nom le collier le plus cher de l’époque. Mais lorsque la première échéance de paiement échoue, les joailliers, inquiets, se tournent directement vers la reine.

Reconstitution du collier de la reine en zircone, château de Breteuil
L’Affaire du Collier

Et là, dinguerie : Marie-Antoinette n’a jamais commandé le moindre collier. Furieux, Louis XVI et Marie-Antoinette commettent l’erreur politique du siècle : faire arrêter le Cardinal en habit de cérémonie au milieu de la Galerie des Glaces, le jour de l’Assomption (les fous). Le procès dure des mois et passionne l’Europe entière. Le Cardinal de Rohan est finalement acquitté par les juges en 1786. Pour le peuple, cet acquittement signifie une chose : si le Cardinal n’est pas coupable d’avoir cru aux faveurs de la reine, c’est que la reine est effectivement le genre de femme capable de donner des rendez-vous secrets dans les bois pour de l’argent et des bijoux. En plus de ça, la vraie coupable réussit à s’évader et publie depuis l’Angleterre des mémoires incendiaires contre la reine.

C’est dans ce climat de haters qu’est née la célèbre phrase « [Le peuple a faim ?] Qu’ils mangent de la brioche ! ». Marie-Antoinette n’a jamais dit cette phrase. Mais la vérité ne compte plus pour le peuple, la reine a perdu toute sa crédibilité et légitimité.

Le pire dans tout ça c’est que la Couronne n’avait ni les codes ni la vitesse pour répliquer face à toutes ces rumeurs. Face à un torrent de pamphlets par semaine, publier un démenti officiel aurait pris des semaines et n’aurait intéressé personne. En psychologie cognitive, c’est ce qu’on appelle l’effet d’illusion de vérité. À force d’entendre dix mille fois la même accusation (qu’elle soit nymphomane, traîtresse ou voleuse), le cerveau humain finit par l’assimiler comme un fait établi.

C’est pour cela que lors de son procès en octobre 1793, toutes les rumeurs propagées n’étaient plus de simples bruits de rue. Elles sont devenues la base juridique de l’accusation du Tribunal révolutionnaire. Un lynchage dont les haters de X pourraient s’inspirer finalement !

Ne pas reproduire les mêmes erreurs que Marie-Antoinette

Portrait de Marie-Antoinette en robe de mousseline blanche et chapeau de paille, par Élisabeth Vigée Le Brun
Le portrait choc

En gestion de crise, l’histoire de Marie-Antoinette est clairement un cas d’école d’un effondrement réputationnel lié à l’illusion d’un silence protecteur.

Leçon n°1 : la disruption, oui ! Mais en connaissant les limites de son marché

Marie-Antoinette avait raison sur un point : casser les codes fait gagner en visibilité et en désirabilité. Mais elle a oublié une règle essentielle : une disruption ne vaut que si elle reste tolérée par son marché. La Cour de Versailles n’était pas prête à voir sa reine en mousseline blanche façon « sous-vêtement ». Son public cible n’a pas suivi le rythme de sa transformation. En marketing, casser les codes trop vite ou trop loin par rapport aux attentes de son audience ne crée pas de la désirabilité, ça crée du rejet.

Leçon n°2 : quand tu ne racontes pas ta version, quelqu’un d’autre le fait à ta place

L’absence de récit personnel génère un espace que les détracteurs (les haters ou concurrents) s’empressent de combler. Marie-Antoinette a choisi le silence, l’isolement au Trianon et le mépris des rumeurs, pensant que sa dignité suffirait à la protéger. Sauf qu’en communication, le silence n’est jamais interprété comme de la dignité mais comme un aveu de culpabilité ou du mépris. Si tu ne racontes pas ta propre histoire, tes haters ou tes concurrents le feront à ta place avec un récit arrangé à leurs sauces.

Leçon n°3 : occupe le terrain !

Dans la continuité de la leçon précédente, si tu ne définis pas qui tu es, tes concurrents le feront. Tu dois absolument devenir le média principal de ta narrative pour couper court aux intermédiaires. Face à une stratégie de saturation (les milliers de pamphlets hier, les mauvais commentaires aujourd’hui), un seul démenti ne suffit pas. Comme on l’a vu, la répétition d’un mensonge finit par créer une vérité psychologique. Il faut saturer l’espace de ta propre voix.

Leçon n°4 : le silence est toujours une (mauvaise) réponse

En gestion de crise, ne rien dire n’est jamais, jamais, jamais, jamais neutre. Le silence est toujours, toujours perçu comme un aveu ou du mépris. Comme on l’a vu, Marie-Antoinette continuait son train de vie. Elle faisait comme si de rien n’était au Trianon. Alors que le peuple avait faim et que les nobles étaient en colère. Ce silence a créé une rupture d’empathie. Une marque qui communique comme s’il n’y avait pas de bad buzz commet un suicide symbolique. Le décalage perçu transforme les maladresses de communication en fautes morales impardonnables. La meilleure chose à faire est d’humaniser sa posture au maximum. Partager ses doutes, ses coulisses, ses échecs permet de créer de la confiance avec son audience. La confiance est clef, l’histoire de Marie-Antoinette nous rappelle que posséder du pouvoir ou un talent ne suffit pas.

Leçon n°5 : tes premiers haters ou problèmes sont autour de toi

Les crises de réputation les plus violentes partent souvent de l’interne (salariés frustrés, fuites d’informations, lanceurs d’alerte). Une marque ne peut pas soigner sa communication externe si elle néglige son climat interne et ses partenaires historiques.

Si j’avais été la responsable crise de Marie-Antoinette

Portrait officiel de Marie-Antoinette en robe de cour, par Élisabeth Vigée Le Brun, 1778
Marie-Antoinette aka Madame Déficit

Étape 1 : contrer l’effet de saturation

L’objectif immédiat est de stopper l’hémorragie. On ne peut pas répondre à des milliers d’attaques une par une. Alors on va venir saturer le canal de communication avec une voix unique. En publiant une déclaration officielle dès les premiers instants, on occupe le vide. Et on se positionne face à la crise.

Et là tu vas me dire « Et si j’ai pas de réponse à donner ? ». Pas grave, il faut quand même briser le silence et montrer qu’on contrôle la situation. « Nous sommes au courant de la situation. Nous enquêtons, nous communiquerons sur ce canal unique chaque jour pour vous prévenir de nos avancées ».

Pour appuyer cette prise de parole, il faut créer un espace consultable à toute heure par n’importe qui pour asseoir notre version des faits : une page web simple, ultra-accessible qui liste les faits et dément les rumeurs. Et si on veut pouvoir réagir aussi vite que Lucky Luke, il faut activer des outils de veille pour identifier la source et les nouvelles rumeurs qui peuvent arriver.

Étape 2 : construire un contre-récit

Contrer l’effet de saturation, c’est bien mais encore faut-il que le discours soit à la hauteur. On ne peut pas faire face à une crise avec des chiffres ou des rapports juridiques froids. Le but est d’humaniser et d’incarner sa prise de parole face à la crise : mettre en avant des visages, être sincère et empathique.

L’authenticité brute (sans filtres corporate ou guindés) est l’arme la plus puissante pour faire face au récit déjà créé dans la tête des gens. Parce que si le public nous croit coupable, chaque preuve d’innocence sera vue comme une manipulation. Dans certains cas, il faut même aller plus loin et trouver des tiers de confiance indépendants (experts, auditeurs externes, clients fidèles) qui prendront la parole pour nous. Leur voix a dix fois plus de valeur que la nôtre. Et il ne faut surtout pas oublier de stopper toutes les campagnes marketing ou de communication prévues qui pourraient paraître déconnectées de la réalité, arrogantes ou futiles.

Étape 3 : auditer et rassurer l’interne

La dernière étape est aussi importante que les deux précédentes : se tourner vers l’interne. Une crise externe est presque toujours alimentée par une faille, un malentendu ou une rancœur interne. Il faut alors comprendre et rassurer les personnes avec qui on travaille. Pour ce faire, on va chercher à identifier les frustrations des personnes qui nous entourent (les Nobles modernes). Il paraît évident que des salariés désengagés ou maltraités sont les premiers fournisseurs de captures d’écran et de documents confidentiels. Et face à une crise qui repose sur une part de vérité (une maladresse, un produit défectueux), on ne doit RIEN minimiser. On doit reconnaître la faille, s’excuser avec empathie, et présenter immédiatement un plan d’action concret pour que cela ne se reproduise plus. Parce que l’action coupe court à la rumeur.

Marie-Antoinette en robe blanche, emmenée par des gardes au milieu de la foule révolutionnaire
Le procès de Marie-Antoinette

Crédits photos

J’ai détouré certaines photos pour plus d’esthétisme.

  • L’Autrichienne : Jean-Étienne Liotard, L’archiduchesse Marie-Antoinette, 1762, château de Schönbrunn, Vienne. Domaine public, via Wikimedia Commons.
  • Le pouf : anonyme, Coëffure à l’Indépendance ou le Triomphe de la liberté, vers 1778, gravure, musée franco-américain du château de Blérancourt. Domaine public.
  • Pamphlet : anonyme, Les deux ne font qu’un (détail), fin du XVIIIe siècle, eau-forte coloriée, The Metropolitan Museum of Art, New York. Domaine public.
  • L’Affaire du Collier : Le Collier de la reine (reconstitution en zircone), château de Breteuil, 2019. Photo : Château de Breteuil, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
  • Le portrait choc : Élisabeth Vigée Le Brun, Marie-Antoinette en chemise, 1783, Hessische Hausstiftung, Kronberg. Domaine public.
  • Le portrait officiel : Élisabeth Vigée Le Brun, Archiduchesse Marie-Antoinette, reine de France, 1778, huile sur toile, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Domaine public, via Wikimedia Commons.
  • Le procès : William Hamilton, Marie-Antoinette conduite à son exécution, 1794, musée de la Révolution française, Vizille. Domaine public.
Portrait de Lauriane Oriol

Écrit par Lauriane Oriol

Account Manager & Paid Media Specialist chez Ads for Change, j’accompagne des associations et des entreprises à impact dans leurs campagnes Google, Meta et LinkedIn. Ancienne chimiste, j’aborde le marketing comme au labo : une hypothèse, un test, une mesure.